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Verges et Dumas : «Gbagbo n’entend pas se faire commander par l’extérieur…Peut-être faudra-t-il recompter les bulletins»
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- Catégorie : Economie
- Publié le Vendredi, 31 Décembre 2010 10:08
- Écrit par Super User
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L’avocat français Jacques Vergès et l’ancien ministre des Affaires étrangères et ancien président du Conseil constitutionnel français, Roland Dumas ont été reçus par le président Gbagbo au palais présidentiel ce jeudi après midi. Ces deux personnalités françaises de « gauche », accompagnées de l’ancien ministre Gnamien Yao, conseiller diplomatique du Président Laurent Gbagbo, sont venues s’enquérir de la situation auprès du chef de l’Etat, lui apportant, à leur sortie sur le parvis du Palais présidentiel un fort soutien.
Roland Dumas a dans un premier temps dénoncé de «graves irrégularités» lors du second tour de l’élection présidentielle. «Plus nous avançons, plus nous savons qu’il y a eu des fraudes au second tour de la présidentielle. Nous avons proposé au Président Gbagbo de faire une étude sur cette élection et il en est d’accord. On s’aperçoit que dans un grand nombre de bureaux de vote dans les régions contrôlées par Alassane Ouattara, il y a eu des fraudes, des manipulations», a fustigé devant les journalistes l’ancien proche de François Mitterand, ajoutant : «Il y a eu par exemple des bureaux où il y a eu beaucoup plus de votants que d’inscrits. Il va falloir quand même avoir des explications. Il y a eu des fraudes non pas du côté de M. Gbagbo mais plus du côté de M. Ouattara», a insisté Roland Dumas. «Peut-être faudra-t-il refaire l’élection, peut-être faudra-t-il recompter les bulletins. Je ne vois pas pourquoi on refuserait de recompter les bulletins dans un pays comme la Côte d’Ivoire alors qu’il y a eu un précédent en Amérique avec le conflit électoral entre Georges Bush et Algore où l’on a recompté les bulletins les uns après les autres. On a tout recompté pour aboutir à une élection incontestable. S’ils veulent donc qu’il y ait une élection incontestable en Côte d’Ivoire, il faut passer par là ». Roland Dumas s’est ensuite attaqué à «l’ingérence» du Président français, Nicolas Sarkozy, mais aussi de la communauté internationale, dans l’élection présidentielle ivoirienne. «Ce qui est grave est que le Président français juge les élections en Côte d’Ivoire», a-t-il dit. «Sarkozy n’est pas Ivoirien. Il n’a pas de point de vue à donner sur les élections en Côte d’Ivoire. Il n’a pas à se substituer aux institutions ivoiriennes. Et la manière dont il a procédé est très peu élégante. Le Président Gbagbo nous a expliqué que le jour même de l’élection, Sarkozy lui a téléphoné en disant : «ça y est. Ouattara a gagné, il faut partir». C’est une manière un peu cavalière de la part d’un Chef d’Etat», a-t-il déploré. «Gbagbo est le Chef de l’Etat, Président de la République. Il n’y a aucun doute là-dessus», a déclaré Roland Dumas. «Nous disposons de documents. Dès notre retour en France, nous allons organiser des conférences de presse pour expliquer ce qui s’est réellement passé en Côte d’Ivoire et informer l’opinion française. Nous allons faire un livre blanc sur le second tour de l’élection en Côte d’Ivoire. Nous allons prendre la défense de Laurent Gbagbo. Nous ne lâcherons pas le morceau tant qu’on n’aura pas établi la vérité», a-t-il indiqué.
L’ancien ministre des Affaires étrangères français s’est montré préoccupé par l’option militaire que la communauté internationale envisage en Côte d’Ivoire. «Parce qu’on a des précédents dans différents domaines et surtout de l’habillage qu’on leur a donné, a-t-il expliqué. Souvenez-vous de l’intervention militaire américaine en Irak. C’était une motion des Nations unies sur de fausses nouvelles. On connaît la mentalité des Américains. Ce n’est pas eux qui vont venir. Ils vont faire en sorte que ce soient les Etats africains qui s’en prennent à la Côte d’Ivoire. J’espère qu’ils seront plus raisonnables pour y renoncer», a-t-il averti. Selon lui, «si la situation continue comme cela, Sarkozy risque de démanteler tout ce qui existe entre la France et la Côte d’Ivoire». Or, a-t-il indiqué, «il faut éviter cela».
Pour Me Vergès, «le dossier ivoirien n’est pas complexe, il est même très simple. Il y a une tentative de recolonisation et cela est une bêtise. Je veux dire que la France qui a connu la défaite au Vietnam et en Algérie devrait savoir qu’on ne peut plus continuer cette politique-là» aujourd’hui. Pour lui, il est «intolérable que la France se mêle des affaires intérieures de la Côte d’Ivoire» ajoutant «Ce que nous sommes venus dire à Gbagbo est que le gouvernement français n’est pas encore entré dans l’histoire et pense encore régner sur l’Afrique où il y avait des gouverneurs, des juges de paix à compétence étendue, des canonnières et des dirigeants corrompus qui volaient leurs peuples et partageaient le fruit de la corruption avec les dirigeants français. Tandis que lui, Gbagbo, il représente une Afrique nouvelle, une Afrique qui ne s’incline pas, une Afrique qui n’est pas une Afrique de boys, une Afrique qui est indépendante… Il n’entend pas se faire commander par l’extérieur».
Le sulfureux avocat d’origine réunionnaise a mis les autorités françaises en garde contre toute tentative d’action militaire en Côte d’Ivoire. «Vous donnez 48 heures à Gbagbo pour démissionner. Vous parlez comme Hitler au roi de Bulgarie. Mais les rapports de force ne sont plus les mêmes. D’ailleurs, au bout de 48 heures, rien ne s’est passé. Nous disons donc ceci : vous menacez, à travers des tirailleurs africains, de faire une invasion ici. Eh bien, n’oubliez pas la guerre du Vietnam où vous avez été battus par des Vietnamiens qui n’avaient ni avions, ni chars. N’oubliez pas l’Algérie, où le Fnl n’avait ni avions, ni chars, ni canons. Mais il vous a battus. Alors, ne recommencez pas cette expérience en Côte d’Ivoire. Si vous le faites, Abidjan sera votre tombeau».
Les deux personnalités françaises se sont rendus, après l’audience avec le Chef de l’Etat, à l’Hôpital militaire d’Abidjan où ils ont salué les casques bleus blessés lors des affrontements de ce mercredi à Abobo.
Amy, Koaci.com Abidjan

